Mes amis (es), mes fils,

 

Rien que vous sachiez déjà, si ce n'est l'envie de vous écrire quelques lignes pour réaffirmer, redire, réécrire l'importance de votre existence.

Sûrement comme pour me le redire à moi-même, m'en convaincre, comprendre mieux.

 

Partant de l'axiome " Rien n'est jamais acquis ", je n'hésiterai pas une seconde à répéter que je vous aime.

 

Je me souviens de l'itinéraire de vie que je m'étais tracé, rectiligne, dessiné d'avance, sans peur, jalonné d'envies, pavé d'obligations et de démonstrations, envié par d'autres. 

Élève studieux d'une éducation sans faille.

Le "comme tout le monde" était en place, imperturbable, immuable,

mettant en application ses modèles parfaits.

Ignorant le passé, croyant venir de parents ordinaires, d'une vie ordinaire, classique et bien inscrite dans le modèle mis en place par notre belle et moderne société.

Louant les mérites du matériel, taisant dans de sourds secrets la vie, le cœur, l'âme, l'amour, la peur, les douleurs, l'homme.

Explicitant toutes choses par la sacro-sainte science ou par la non moins fameuse religion.

Considérant comme secondaire et futile "l'étage de communication relationnelle", celle qui démontre que si l'on comprend que l'on a des antennes, qu'on les utilise, on s'aperçoit très vite que les autres en ont aussi.

J'ai bien conscience que ce soit des "lieux communs" pour reprendre l'expression d'un extraordinaire chaman.(private joke)

 

Mes fils,

 

J'ai longtemps crû que mes enfants étaient derrière moi, que je n'avais que pour seule mission de les protéger et de les préparer à cette même vie qui était la mienne, la nôtre.

Au fur et à mesure des expériences de notre chemin commun, ils m'ont montré leur force, leur puissance à faire face aux accidents.

Il fallait se rendre à l'évidence, ils étaient forts, robustes et ouvert au monde. La situation se renversait, ils me montraient leur grandeur de cœur, leur force à soutenir celui qui se devait d'être un modèle.

Ils montraient l'espoir tel un étendard.

Situation extraordinaire que d'apprendre de ses enfants.

Ils n'avaient pas peur de dire "je t'aime".

Quel honneur pour un père de voir ses fils aussi puissants devant une telle épreuve.

Je n'oublierai jamais cet épisode de notre vie qui me les a montrés différemment.

Grâce à eux, je suis là aujourd'hui, ils m'ont beaucoup appris.

Ce sont des hommes formidables.

Je n'aspire qu'à une chose, les aimer, le leur dire et les guider du mieux que je peux, aussi loin que je peux, sachant m'effacer quand il le faut pour les laisser déplier leurs ailes. 

 

Les autres,

sorte de masse anonyme, de foule, de "gens", de "autre-moi", qui avancent sur le chemin.

...........

-Pour aller où ? Pour quoi faire ?

-Rien de spécial, juste parce que c'est la vie.

-Ils vont tous dans le même sens ?

-Oui, mais ils ne cherchent pas les mêmes choses.

-Il y en a qui ne parlent pas aux autres, pourquoi ?

-Ils croient qu'ils ne parlent pas la même langue, qu'ils ne peuvent pas se comprendre.

-Et, c'est faux ?

-Un peu, oui. C''est surtout qu'ils ont peur les uns des autres. Ils appellent ça de différents noms : Pudeur, jalousie, ignorance, racisme, religion, opportunisme, arrivisme. Ils y en a beaucoup d'autres.

-Regarde, il y en a qui sont très entourés, les autres viennent leur parler, pourquoi ?

-Certains d'entre eux savent où ils vont, ils sont plus ouverts aux autres. Ils voient et écoutent les autres. Regarde bien, ils sont un peu plus grands et plus lumineux.

Ils ne sont pas supérieurs, juste un peu plus grands car ils se tiennent plus droits.

-Il y en a qui sont tout courbés, ils sont malades ?

-Oui, une maladie qui donne à la vie un poids terrible à porter. C'est un mélange de peur, d'ignorance, de fausses croyances ou d'illusions, de convictions. On la porte en soi dès sa naissance, des fois même avant. Elle peut s'attraper par contact, par transmission génétique, par désespoir.

-Comment tu as fait, toi pour savoir ces choses et marcher avec les autres ?

-Ne crois pas que je sache des choses, j'ai juste appris que je ne savais rien. Je me suis mis à regarder ailleurs, à écouter, à voir, à essayer de comprendre. Et aussi à aimer. Il est parfois difficile d'ouvrir ses yeux et ses oreilles, on a peur de ce que l'on pourrait voir et entendre.

-Il y a longtemps ? Comment c'est arrivé ? Tu es tombé malade ?

-Ha ha ha !...Oui si tu veux...Il y a eu un terrible accident dans ma vie....Comme un tremblement de terre, les fondations de mon existence se sont effondrées, faisant des morts et les emportant avec elles dans l'au delà. 

-Tu as été blessé ?

-Oui, très gravement. D'une blessure dont on peu facilement mourir, si elle n'est pas refermée à temps.

-Pourquoi t'es pas mort ?

-Parce que des rencontres m'ont ouvert les yeux et l'âme. Elles m'ont porté un bout de chemin, m'ont parfois poussé, des fois bousculé, giflé. Elles ont sorti leurs antennes et m'ont fait déplier les miennes. J'ai eu beaucoup de mal car elles étaient pliées depuis si longtemps.

-Tu es guéri, alors ?

-On est jamais guéri puisque ce n'est pas une maladie, ces blessures saignent toujours un peu. Il faut les comprendre pour qu'elles se referment. 

Mais elles ouvrent les yeux et font naître un élément essentiel à la vie, la conscience.

-Elles sont parties, tes rencontres ?

-Non ! Elles sont près de moi. Une chose est sûre, elles resteront près de moi pour l'éternité, même si l'une d'entre elles prenait un autre chemin.

-Alors on peut dire qu'elles t'on sauvé la vie ?

-Oui, tu as raison. La vie n'est pas que l'alternative du choix impossible "vivre ou mourir", on peut être vivant de corps et mort d'esprit.

Alors oui, elles m'ont sauvé la vie.

-Moi aussi j'en aurai un jour, des rencontres ?

-Il le faut ! Ne les cherche pas, reste ouvert, écoute ton cœur, vois les autres, écoute les, regarde le ciel, aime, déteste, sens tes émotions, comprends les, pleure, ris, crie, sois fidèle à toi même et respecte les autres, nourris toi de toutes choses, apprends jusqu'à ton dernier souffle. Nettoie l'héritage que tu as reçu, et n'en garde que le meilleur pour toi. Nos parents ne laissent pas consciemment toutes ces informations en nous, fais le tri, car tu les transmettras à ton tour.

N'oublie jamais de dire à ceux que tu aimes, que tu les aimes.

Considère toujours qu'elles ne le savent pas, ou pas assez.

N'aie pas peur du ridicule d'être sincère avec le cœur, lorsque le cœur parle, tout le monde écoute.

Au début tu te sentiras bizarre, excessif, puis tout te reviendra, multiplié par dix, tu en ressentiras une grande chaleur et un bien-être extraordinaire.

 

Va !

Tu n'es pas seul, va avec les autres ! 

Avance, redresse toi, sois plus grand encore, tu aideras les autres à grandir !

Ne t'arrête jamais de poser des questions !

Parle aux autres, ils vont te répondre !

Cours, tu es en retard, d'autres sont loin devant !

Sois sûr d'une chose, la vie sera au rendez-vous, avec son cortège de surprises !

 

 

A Guillaume.

A William.

A Alexandre.

A Corinne,

A mes amis.

A mes parents, là où ils sont.

 

 

 

Patrick

 

 

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